Hoerdt sera occupé par le 2ème bataillon du 314ème R.I.U.S. du 24 novembre 1944, jour de la libération du village, jusqu’au 6 janvier 1945.
Conséquence de la bataille des Ardennes et de l’opération Nordwind, les américains redéployent leur dispositif. Weyersheim et la Zorn deviennent la limite Sud de leur zone de défense.
La 1ère armée française prend en charge le Sud de cette ligne à partir de Hoerdt. Le 3ème R.T.A. (Régiment de Tirailleurs Algériens) du colonel Agostini, enlevé à la hâte le matin du 5 janvier 1945 de Bussang et de la vallée de la Thur, arrive le soir même à 21h. Il est aussitôt dirigé vers le Nord de Strasbourg. Soutenu par le 2ème bataillon du 67ème R.A. (Régiment d’artillerie), des môles de résistance sont établis à Hoerdt, à l’asile d’aliénés.
Le 6 janvier, le 3ème R.T.A. continue son déploiement au Nord de Strasbourg. Le 2ème bataillon s’installe à Hoerdt en zone de déploiement et d’attente, mais aussi en protection (môle de résistance) avec un secteur qui va de l’asile d’aliénés et la lisière Est de la forêt de Geudertheim jusqu’au carrefour de la route qui mène à Geudertheim. Le village est inclus dans ce dispositif. Les tirailleurs sont arrivés assis sur des banquettes à l’arrière des camions GMC, les bâches ouvertes. Nos « anciens » se souviennent de ces soldats en « djellabas », portant des colliers sur lesquels ils avaient enfilé des oreilles prélevées sur des ennemis. Pour la plupart des hoerdtois, c’est la première fois qu’ils voient des “arabes”.
Quelques semaines plus tard, les habitants voient passer les Goumiers, ces bataillons de Tabors marocains marchant à côté de leurs mulets, ce qui contrastait avec les énormes moyens américains.
D’autres ont entendu parler d’un « bordel » dans le dépôt militaire à la coopérative, rue de la Tour, que les algériens occupaient. Cette pratique était « tolérée » dans les régiments nord-africains qui emmenaient en campagne des BMC (bordel militaire de campagne).
Le 8 janvier, le secteur est un peu plus calme. Le 2ème bataillon du 3ème R.T.A. est relevé par le 1er bataillon du 7ème R.T.A.. La 1ère compagnie du lieutenant Pichavant et de l’adjudant Martini s’installe dans le village. C’est cette compagnie, appuyée par les F.F.I. locaux qui va assurer la défense du village lors des journées chaudes du 18 au 21 janvier 1945, lorsque les allemands lancent des attaques en direction de Weyersheim. Le 2ème bataillon du 67ème R.A., positionné en lisière de forêt à Geudertheim, contribuera fortement à stopper les chars ennemis grâce à leurs tirs d’obus fumigènes.
Il est à noter l’importante contribution des F.F.I. locaux, surtout pendant les combats pour la poche de Gambsheim. Ces derniers, doublant les tirailleurs algériens aux avant-postes, connaissent admirablement le « Ried ». Ils ont permis de faire avorter des tentatives d’attaques allemandes qui sont stoppées dès le franchissement de leur base de départ. Beaucoup de ces F.F.I. ont à peine 17 ans.
Les artilleries françaises et américaines travaillent de pair.
Les allemands ont tiré quelques obus sur le village. Servant de dépôt de munitions, le hangar “Rusenberg”, à la sortie du village vers Strasbourg, est particulièrement visé. Le clocher de l’église catholique est endommagé ainsi que la maison « Stollers » au n°19 rue du Cheval Noir. Les deux autres dépôts, situés à la coopérative rue de la Tour et dans la salle du restaurant “A l’Ange”, ne sont pas visés par ces bombardements car ils servent pour le stockage de nourriture. Les allemands veulent les préserver au cas où ils reviendraient dans le village.
Lorsque ces derniers traversent le Rhin le 5 janvier 1945 et envahissent les villages de la poche de Gambsheim-Herrlisheim, beaucoup d’habitants de ces villages prennent la fuite et viennent se réfugier plus à l’Ouest des combats. C’est ainsi que Hoerdt accueille environ 35 familles qui sont hébergés chez les habitants.
Les tirailleurs qui défendent le village sont surtout installés dans les granges des fermes. L’hiver est rude. Les soldats se réchauffent en faisant du feu. Les risques d’incendie sont réels. C’est ainsi que deux soldats périssent dans les flammes de la grange de l’asile d’aliénés.
Le 31 janvier 1945, le 1er bataillon du 7ème R.T.A. est relevé par le 3ème bataillon du 3ème R.T.A.. Ce dernier est à son tour remplacé par le 2ème bataillon du 7ème R.T.A. dès le 4 février. Il y restera jusqu’au 20 février 1945.
A l’exception de quelques tirs d’artillerie sur le secteur de Hoerdt, un calme relatif s’est installé depuis le 26 janvier.
Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1945, Hitler ordonne l’annulation de l’opération Nordwind dans les Basses-Vosges et en Alsace. Motivé par les évènements qui se déroulent sur le front de l’Est et par le danger qui menaçe chaque jour davantage la capitale du Reich, Hitler se décide enfin à transférer ses forces de l’Ouest vers le front de l’Est.
Les allemands rétrécissent le front en se retirant sur une ligne Offendorf-Herrlisheim, tout en gardant des unités avancées dans l’ancienne ligne.
Le 31 janvier 1945, le 2ème bataillon de la 3ème D.I.A. libère Gambsheim. Le 3 février, craignant d’être encerclés, les allemands évacuent Herrlisheim et Offendorf après une attaque américaine sur Drusenheim. La ligne de front est ainsi repoussée sur Bischwiller-Rohrwiller-Drusenheim. La menace sur Hoerdt s’éloigne peu à peu.
Le mois de février est assez calme sur le secteur. Les allemands sont sur la défensive et les alliés occupés à réduire la poche de Colmar, qui sera reprise le 9 février.
Les secteurs français et américains sont réorganisés au Nord de l’Alsace.
Le 20 février le 7ème R.T.A. quitte le secteur, entrainant le départ du 2ème bataillon de Hoerdt, remplacé par le 2ème bataillon du 49ème R.I. (régiment d’infanterie).
Le 23 février, la 3ème D.I.A. du général Guillaume prend en charge une partie du secteur américain sur une ligne Oberhoffen-Drusenheim.
Le 1er mars, c’est le 3ème bataillon du 7ème R.T.A. qui est mis au repos à Hoerdt.
Avec la réduction de la poche de Colmar et la prise de Gambsheim, Offendorf et Herrlisheim, Strasbourg ne semble plus menacée. Il reste à libérer le Nord de l’Alsace, ce qui sera fait le 19 mars 1945.
Sources :
