Le 25 août 1942, Le Gauleiter Wagner, “en vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés par le Führer”, signe l’ordonnance rendant le service militaire obligatoire pour tous les jeunes alsaciens.
Les premières classes d’âges mobilisés sont celles de 1920 à 1924, appelées en octobre 1942. La possibilité d’y échapper est très restreinte. Seuls les prêtres et les pasteurs en sont exemptés. Les hommes qui occupent un poste de travail jugé “indispensable pour l’économie de guerre” ne voient leur incorporation que différée.
Toutes sortes de subterfuges sont inventés pour ne pas accomplir le service militaire exigé. Subitement, des médecins complaisants découvrent chez leurs patients qu’il faut les opérer de toute urgence d’une appendicite. D’autres diagnostiquent des maladies graves difficilement détectables. Il y a des malades imaginaires, présentant des symptômes simulés, des accidents des membres inférieurs ou, le plus souvent, de la main droite, et même des mutilés volontaires. Quiconque refuse de donner suite aux convocations est immédiatement arrêté et transféré au camp de Schirmeck.
La désertion est l’ultime chance d’échapper à cette obligation. Quelques-uns ne rejoignent pas le régiment qui leur a été assigné, d’autres profitent d’une permission pour passer en zone libre ou tenter de se faire oublier dans une ferme vosgienne isolée. Il y en a même qui se cachent dans le village, dans une grange, un grenier ou une cave, parfois à l’insu de la plupart de leurs proches, en attendant des jours meilleurs. L’un de ces réfractaires a même l’audace d’organiser, rue Schiessrain, un abattoir clandestin qui fonctionnera jusqu’à la fin de la guerre. L’identité de ce « roi de la débrouille » restera ignorée de la plus grande partie de la population et à plus forte raison des autorités allemandes.
Pour enrayer et dissuader les départs clandestins, une zone interdite de trois kilomètres de profondeur le long de la frontière suisse et française est établie par ordonnance le 16 septembre 1942. Les départs en gare se font souvent dans un désordre indescriptible. On chante la Marseillaise en brandissant le drapeau tricolore puis on saccage les trains pendant le voyage malgré la surveillance de la police.
Avec la défaite de la 6ème armée allemande à Stalingrad, par manque de ressources en hommes, on incorpore le 15 janvier 1943 les classes 1920 et 1921, puis le 18 avril les classes 1914 à 1919. Comble de l’ironie, ces hommes avaient déjà effectué leur service militaire dans l’armée française. La plupart avaient même été mobilisés en 1939 et avaient combattu les allemands en 1940….
Contre les réfractaires et les insoumis, Wagner sort une ordonnance en date du 1er octobre 1943, la “Sippenhaft“, la responsabilité pénale familiale. Cette sanction à l’adresse de la famille, concerne non seulement la parenté directe (père, mère, frères et soeurs, conjoint et enfants), mais inclut en plus les parents par alliance et même les parents adoptifs.
Désormais, une attitude répréhensible de l’incorporé provoque immédiatement l’arrestation de toute sa famille avec pour conséquence la transplantation ou la déportation et la confiscation de tous les biens. Quel fils pouvait infliger cela à ses parents ?
Le Gauleiter Wagner fait de l’excès de zèle en Alsace. Il veut prouver son efficacité au Führer et devant le manque d’effectifs des Waffen SS, suite aux lourdes pertes enregistrées sur le front de l’Est, il organise l’incorporation forcée dans les divisions SS à partir du 10 janvier 1944.
Ainsi de nombreux éléments des classes 1909, 1910 et 1913 sont versés d’office dans les Waffen SS. Il en est de même des plus jeunes recrues de la classe 1926 dont certains n’ont pas 17 ans lors de leur incorporation.
À partir du 20 octobre 1944, et jusqu’à la libération de Strasbourg et de Hoerdt, la classe 1927 est encore appelée.
Jusqu’en Mars 1945, les secteurs d’Alsace non encore libérés doivent laisser partir les jeunes de 16 et 17 ans des classes 1928 et 1929. Ils sont affectés à des travaux de fortification, en leur demandant de confectionner des barrages antichars et creuser des tranchées.
Wagner décrète en dernier lieu la levée en masse, Le “Volkssturm“, le 25 octobre 1944. Tous les hommes encore disponibles, entre 16 et 60 ans, sont mobilisés d’office dans cette armée du peuple. Il est prévu de constituer un bataillon par arrondissement mais l’arrivée des alliés met heureusement fin à cette levée de masse.
Sources :
