Faïenceries : Badonviller

La faïencerie de Badonviller

C’est un impôt décrété en 1672 par Louis XIV sur la vaisselle métallique, argent, vermeil et or, puis l’interdiction de fabrication d’icelle en 1689, qui lancera vraiment la faïencerie dans le Royaume de France. Ce sont donc les français qui ont les moyens de manger dans d’autres ustensiles que des écuelles qui financeront la fabrication de faïence dès le début du XVIIIème siècle.

Le début de la faïencerie de Badonviller remonte à 1828. Nicolas Fenal, cultivateur, se retrouve subitement propriétaire d’une faïencerie, fondée en 1719 à Pexonne (Meurthe-et-Moselle). A son décès en 1857, ses enfants et neveux lui succèdent et créent la marque Fenal Frères (FF).

Après une période agitée à Pexonne, un des neveux, Théophile Fenal, crée sa propre manufacture à Badonviller en 1897. L’usine est en concurrence avec celle de sa famille à Pexonne, mais très vite, l’usine compte plus de 300 ouvriers.

Il est curieux qu’une faïencerie s’établisse à Badonviller. À part le bois pour assurer la cuisson de la faïence, on n’y trouve effectivement aucune des matières premières nécessaires à la réalisation de la faïence : pas d’argile, pas de chaux ni de kaolin. Le bois sera remplacé plus tard par le charbon.

L’usine dispose de deux siècles d’expérience en production de la faïence. On fabrique de la poterie dans toute la région comme à Lunéville, Saint-Clément, Pexonne, Niderviller et Sarreguemines. On y trouve également plusieurs producteurs de verre et de cristal notamment à Baccarat et Vallerystahl.

C’est la bonne gestion de la forêt de Lorraine qui a permis d’alimenter la forte demande de combustible nécessaire à la production de ces produits.

Après le décès de Théophile en 1905, son fils Edouard lui succède et multiplie les initiatives sociales. Dans les meilleures années, l’entreprise compte jusqu’à 1 000 salariés.

En 1921, la famille Fenal achète les faïenceries de Lunéville et de St. Clément qui seront dirigées par Edouard Fenal ; la faïencerie de Badonviller sera dirigée par son fils Bernard.

Edouard décède en 1938.
Bernard est tué pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Son héritier, Gilbert, prendra sa succession.

Des artistes connus comme les frères Mougin et Géo Condé créent des objets artistiques pour l’entreprise.

En 1963, les usines de Badonviller, Lunéville et St. Clément sont fusionnées en une seule société.

Dans les années 1980, le groupe Fenal se raccorde à Sarreguemines (le groupe FSDV: Faïencerie Sarreguemines Digoin Vitry-le-François) et continue la production, en collaboration avec des stylistes contemporains comme Pierre Cazenove, Régis Dho et Paul Flickinger.

Les usines de Badonviller ferment leurs portes en 1990 et la production est concentrée sur le seul site de Saint-Clément.

En décembre 2006, le groupe Fenal se fond dans le groupe “Faïence et Crystal de France”, qui regroupe les usines de Saint-Clément, Niderviller, Vallerystahl et Portieux, qui ont toutes été créées au cours du 18ème siècle et qui ont un passé prestigieux. Ce nouveau groupe, “Terre d’Est”, continue aujourd’hui sa production.

Théophile Fenal nait en 1851. Il devient docteur en droit, puis avocat à Lunéville, avant de diriger la manufacture de Pexonne.

Un véritable destin, la vie de Théophile Fenal : “Catholique convaincu, ouvert aux idées sociales, conseiller général du canton de Badonviller, adhérent au parti conservateur, il se rallie à la république de bonne heure et c’est comme républicain qu’il est élu conseiller général de Badonviller en 1888.”