Essayant d’exploiter au maximum leurs gains de terrain, les troupes allemandes du général Von Maur cherchent à foncer plein Sud vers Strasbourg.
Le 21 janvier 1945, vers 22h45, après un violent bombardement d’artillerie, le régiment Marbach de la 21ème Division de Panzers allemande, accompagné par des chars, s’élance de Gambsheim vers Kilstett, tenu par le 3ème bataillon du 3ème Régiment de Tirailleurs Algériens (R.T.A.) du commandant de Reyniès, renforcé d’une compagnie du 2ème bataillon. Les maisons avaient été entourées de barbelés et de 7000 mines. La mission des tirailleurs est de « tenir jusqu’au bout. Se faire tuer sur place plutôt que de reculer ». Lorsque les allemands déclenchent l’attaque, les tirs intensifs et précis de l’artillerie du 2ème bataillon du 67ème R.A. détruisent plusieurs chars. L’attaque n’en progresse pas moins. À 2h du matin, la garnison française est encerclée à Kilstett et l’ennemi s’approche de la Wantzenau, défendu par le 1er bataillon du 3ème R.T.A. Pendant ce temps, de Reyniès et ses hommes tiennent bon. Au matin, serré de près, il n’hésite pas à demander des tirs d’artillerie sur toute la localité.
Depuis la veille, chacun se hâte. Informé du retour de la 2ème D.B., le général du Vigier demande l’intervention des troupes du général Leclerc. Ce dernier se rend sur place, accompagné du colonel de Langlade. Au matin du 22 janvier à 5h30, par une température de -10° et sur une neige épaisse de 60cm, le sous groupement du commandant Gribius (12ème chasseurs, bataillon du régiment du Tchad, fusiliers marins…) se dirige vers la Wantzenau. En accord avec le colonel Agostini, commandant le 3ème R.T.A., une opération est montée. Une colonne blindée abordera Kilstett par l’Ouest, une autre par l’Est et le Nord-Est, le 3ème bataillon du 3ème R.T.A. avec quelques Tanks-Destroyers du 7ème R.C.A. (régiment de chasseurs d’Afrique) couvrira l’attaque à droite, face aux fourrés du Rhin. Dans le village, les défenseurs tiennent toujours.
L’opération s’amorce vers 9h30. À 11h, retardée par la mise en place de l’infanterie et exposée aux tirs d’artillerie allemands, la contre-attaque blindée démarre de façon foudroyante. La colonne de gauche arrive aisément aux lisières Ouest de Kilstett où des tirs d’automoteurs et de chars l’oblige à manœuvrer. Le quartier de la gare est pris sur le coup de midi. L’autre colonne se heurte, à l’Est du village, à une résistance réduite. Il est 14h.
La manœuvre en tenaille produit ses effets. De toutes les directions à la fois, les chars et l’infanterie pénètrent dans le village, tandis que les survivants du 3ème R.T.A. reprennent avec un nouvel élan une lutte qu’ils soutiennent sans discontinuer depuis près de 15h.
En milieu d’après-midi, les allemands refluent vers le Nord. Cependant, dans le reste du village, une dernière opération de nettoyage s’impose. A 17h30, tout est fini. Malgré la perte de 180 des siens, soit 1/3 de son effectif, le bataillon de Reyniès a tenu. Malheureusement, 2 sections ont été capturées par l’ennemi. Le régiment allemand Marbach concède 350 prisonniers, une centaine de morts et 7 chars. Parmi les prisonniers allemands se trouvent quelques femmes en uniforme allemand. Par contre, aucun des chars français n’est définitivement mis hors d’usage. L’aviation est intervenue efficacement à plusieurs reprises, bombardant et mitraillant le village de Gambsheim et les lisières Sud du bois du Steinwald. Ainsi, grâce à l’intervention du groupement tactique de la 2ème D.B. de Langlade, la menace allemande au Nord de Strasbourg est stoppée une fois de plus.
Deux dernières attaques sont lancées sur Kilstett dans la nuit du 24 au 25 janvier. Elles sont immédiatement brisées par l’artillerie. L’obstination allemande reste intacte, et c’est la Wantzenau qui en fait les frais : 300 obus tombent sur le village.
La bataille de Kilstett est gagnée, mais à quel prix ? Le village est en ruines, comme le montre cette description du 3ème R.T.A. :
« Peu de maisons sont habitables. Du clocher de l’église ajouré par les obus pendent des poutres, des débris d’armature métalliques. Près d’elle, une maison brûle encore. Cà et là, des cadavres allemands traînent, tordus, grimaçants, à demi ensevelis sous la neige souillée ».
A Kilstett, comme dans bien d’autres localités d’Alsace, les civils ont vécu la bataille, réfugiés dans les caves. Parfois pris en otages, ils ont été forcés de faire visiter les lieux à l’occupant afin que celui-ci soit sûr qu’il n’y ait ni Américains, ni Algériens cachés dans les placards. Une centaine de personnes avaient été évacuées dès le 21 vers Westhoffen par des camions militaires, les autres étaient restées. Nombre0d’entre eux sont partis le lendemain des combats, abandonnant le village aux militaires qui aménagèrent les caves et abris.
Sources :
