Le 23 novembre, les hoerdtois apprennent la libération de Strasbourg par la 2ème D.B. du Général Leclerc. Le lendemain, Hoerdt, libre de toute présence ennemie, n’a toujours pas vu de soldats français ou américains.
La 2ème D.B. est à Strasbourg et les américains qui ont suivi avec la 79ème D.I.U.S. est arrivée à Brumath le 23 au soir. Cette division fait partie de la 7ème armée US du Général Patch à laquelle est également rattachée la 2ème D.B. française.
À 10h30, le chef de la section locale des F.F.I. Martin Brandt, réquisitionne une voiture pour contacter les américains. Un gendarme français, natif de Bischwiller, prend place à côté de lui. Cet alsacien faisait partie de la gendarmerie française jusqu’à l’armistice de 1940. Il est alors contraint par les autorités d’occupation d’endosser la tenue de “Feldgendarm”. Au moment de la libération, il est en service à Hoerdt. Il s’empresse de troquer la tenue grise contre l’uniforme français qu’il avait pris soin de conserver. C’est ainsi qu’il se retrouve avec les F.F.I. en route pour Brumath. Il en reviendra, juché sur un char américain et sablera le champagne de la victoire en compagnie des soldats américains et des villageois en liesse.
Hoerdt est donc libéré sans combats le 24 novembre 1944 en fin de matinée par le 314th Infanterie Régiment de la 79ème D.I.U.S.. La compagnie B du 3ème bataillon entre la première dans le village. Après le 3ème bataillon, suivent le 1er et le 2ème bataillon. Les deux premiers ne font que traverser, car leur objectif est Weyersheim. Le 2ème bataillon s’installe pour la nuit dans la forêt de Geudertheim, rejoint par le 311th Field Artillerie Régiment. Cette nuit-là, les canonniers tombent sur 130 allemands qui venaient de Saverne et qui s’étaient réfugiés dans la forêt. Les Allemands sont finalement capturés au petit matin par le 2ème bataillon du 314ème R.I.U.S..
Le PC du 314ème R.I.U.S. s’installe à Geudertheim, alors que celui du 313ème R.I.U.S. s’installe à Weyersheim. Le poste de commandement de la division est situé à Brumath.
Jusqu’au 1er décembre 1944, les 3 régiments de la 79ème D.I.U.S. couvrent un secteur au Nord de Huttendorf et Hochstett jusqu’à Kurtzenhouse, et à l’Est des villages de Hoerdt et Weyersheim.
L’après-midi du 24 novembre, vers 13h, un détachement de la 2ème D.B. passe dans Hoerdt, en venant de Strasbourg, pour rejoindre Gambsheim. Un détachement de chars de cette même division traverse Kilstett, poussant jusqu’à Herrlisheim et Offendorf. Mais dès le soir, les différentes colonnes françaises refluent sur Strasbourg, laissant derrière elles un “no man’s land” le long du Rhin.
Dès le matin du 26 novembre, Gambsheim et Kilstett sont réinvestis par des SS Allemands. A Kilstett, ils emmènent 5 hommes du village qui disparaitront sans laisser de trace. Gambsheim sera libéré par les américains le 8 décembre et Drusenheim le 12 décembre.
La libération du Nord de l’Alsace se poursuit, Haguenau est libéré le 11. Le 16 décembre, l’armée américaine atteint la Lauter, à la frontière allemande. Ce jour-là, tout le Nord de l’Alsace est libéré. À cette date, seule la poche de Colmar reste aux mains des allemands.
Avec l’avancée foudroyante des alliés dans la plaine d’Alsace, beaucoup de soldats allemands ne peuvent battre en retraite à temps. Ainsi, beaucoup restent cachés plusieurs jours dans la forêt de Geudertheim avant de sortir par petits groupes ou individuellement à la faveur de la nuit. Ils traversent le village, transis de froid et affamés. Des habitants ont pitié d’eux et leurs donnent un morceau de pain et de l’eau. Ils prennent la direction du Rhin en passant par le ried. D’autres sont capturés par les américains et regroupés dans la maison de l’ancien maire Jacob Matthis (qui a pris la fuite avant l’arrivée des libérateurs). Puis ils sont chargés sur des camions et emmenés en captivité.
Durant tout l’hiver 44/45, il n’y a pas d’électricité dans le village. Les habitants ont récupéré des bougies trouvées à la gare dans un wagon de marchandises. Dès le départ des allemands, le 23 novembre, des habitants prennent les armes laissées dans leur fuite et se constituent en sections F.F.I., commandées par Martin Brandt, l’aubergiste de la “Belle Vue”. Les américains se méfient des F.F.I. français, ces derniers sont contraints de rester discrets.
Les américains installent progressivement leurs cantonnements dans le village. Ils prennent possession des 3 magasins de ravitaillements installés par les allemands et occupent les cours des grandes fermes. Ils distribuent du chocolat, des bonbons, des petits paquets de cigarettes et même des jeux. Quelle joie pour les enfants qui découvrent le chocolat et le chewing-gum, jusque-là inconnus.
Jusqu’au 6 janvier 1945, Hoerdt sera ainsi occupé par le 2ème bataillon du 314ème R.I.U.S.. Les habitants étaient très impressionnés par ces soldats de grande taille et dont beaucoup étaient de couleur. C’était la première fois qu’ils voyaient des hommes de couleur et qui parlaient une langue étrange.
Sources :
