12-Jacques BRANDT

Jacques Brandt, citoyen ordinaire et athlète hors du commun

Jacques BRANDT est né à Hoerdt le 3 novembre 1919. Célibataire endurci, il consacre l’essentiel de sa vie à l’agriculture, cultivant asperges et tabac, tout en produisant le fourrage nécessaire à l’élevage de ses bêtes.

Rien, au départ, ne le prédispose à la carrière exceptionnelle de marcheur qui sera la sienne. Lors de ses premières compétitions, la rudesse des épreuves et la qualité d’adversaires redoutables l’amènent rapidement à surmonter sa timidité naturelle. Il peut alors révéler pleinement ses capacités.

Lors des longues épreuves telles que les mythiques Paris–Strasbourg, son frère Georges joue un rôle essentiel : il surveille l’itinéraire, assure l’intendance et accompagne Jacques, soutenu par une petite équipe hœrdtoise, en voiture, à bicyclette et parfois même à pied.

Malgré un palmarès impressionnant, Jacques Brandt n’a jamais eu recours à des entraîneurs, soigneurs ou masseurs.

Il s’entraîne seul, inlassablement, notamment dans la forêt de Geudertheim.

Un travailleur infatigable

Grand sportif et travailleur acharné, Jacques Brandt impressionne par sa capacité de travail. Selon son frère Georges, il est capable d’abattre la besogne de cinq hommes, avec une régularité digne d’un métronome. Il est pratiquement impossible de soutenir son rythme.

En 1976, à peine huit heures après sa quatrième place au Paris–Strasbourg, des journalistes le retrouvent déjà au travail dans ses champs, frais et disponible. Nombre de ses concitoyens se souviennent de lui marchant aux côtés de son attelage pour se rendre aux champs.

Une qualification éclatante pour le Strasbourg–Paris

Lors des épreuves qualificatives au Strasbourg – Paris, 23 marcheurs s’affrontent pendant 24 heures autour de Strasbourg. Parmi eux figure Ernest Romens, champion renommé souhaitant participer pour la première fois à cette prestigieuse compétition.

Jacques Brandt domine largement l’épreuve. Irrésistible, il franchit la ligne d’arrivée avec plus de deux heures d’avance sur ses concurrents. Pris de court, les spectateurs ne sont pas encore tous présents pour assister à son arrivée triomphale. Fidèle à lui-même, il s’installe ensuite à la table du restaurant “La République” pour y savourer une bière bien méritée.

L’exploit marquant de 1976

En 1976, à l’occasion de la 50ᵉ édition du Paris–Strasbourg, Jacques Brandt, âgé de 57 ans, prend son treizième départ face à vingt-sept concurrents, pour la plupart bien plus jeunes.

D’un optimisme inébranlable, sa seule crainte demeure l’apparition d’ampoules aux pieds ; pour le reste, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Parti de Paris le 10 juin 1976 à 13 h 15, il atteint Strasbourg le dimanche 13 juin en fin de soirée, se classant à une remarquable quatrième place.

 

Son neveu, Jean-Georges Brandt, qui l’accompagne fréquemment, rapporte une anecdote surprenante : à chaque halte, Jacques réclame une bière et une cigarette. Intrigués, les officiels iront jusqu’à faire analyser ces consommations… sans y déceler quoi que ce soit d’anormal.

Une véritable leçon de courage et de détermination.

 

À l’occasion de cette 50e édition, Rémy Maechling, un jeune du village de 16 ans, suit la progression de Jacques Brandt en mobylette depuis Saverne jusqu’aux abords de Strasbourg. À l’entrée de la ville, seuls les membres de l’équipe sont autorisés à accompagner le marcheur jusqu’à la ligne d’arrivée, place Kléber. Avec quelques camarades, ces adolescents parviennent toutefois à se faufiler et à se fondre dans la foule compacte massée sur la place, où la musique municipale de Hoerdt joue pour accueillir son héros. Une délégation particulièrement nombreuse de hœrdtois a fait le déplacement. Pour ces jeunes, le spectacle est saisissant.

L’enthousiasme de la foule est tel que certains affirment n’avoir vu pareille affluence que lors de la venue du général de Gaulle.

L’arrivée de Jacques Brandt se déroule en fin d’après-midi. Épuisé par l’effort, il apparaît au balcon de l’Aubette, soutenu par son frère Georges et son neveu Jean-Georges. L’émotion est à la hauteur de l’exploit.

Quelques jours plus tard, la municipalité de Hoerdt organise une grande fête en son honneur. Un chapiteau est dressé devant le restaurant de la Gare afin de rassembler les habitants du village. Là encore, la foule est considérable, témoignant de l’attachement profond des Hoerdtois à leur champion.

Championnat d’Alsace à Hoerdt

Le 8 avril 1966, l’Union des Marcheurs de Strasbourg organise à Hoerdt le Championnat d’Alsace de marche sur 50 kilomètres.

Le parcours, à effectuer quatre fois, traverse plusieurs communes voisines. Le départ est donné devant la mairie (actuelle bibliothèque).

Jacques Brandt s’y illustre en décrochant une belle deuxième place.

 

L’épreuve des 200 kilomètres

Jacques Brandt remporte à 6 reprises l’épreuve des 200 kilomètres. En 1956, il établit un temps exceptionnel de 21h56, constituant un record du monde. Malheureusement, celui-ci ne pourra être homologué, les officiels n’étant pas présents à son arrivée, trop rapide pour être anticipée.

La montée du mont Ste-Odile

La montée du mont Sainte-Odile, course exigeante de 8,555 km avec 475 m de dénivelé positif, fait partie des épreuves prestigieuses de la région. Entre 1951 et 1958, Jacques Brandt y obtient cinq podiums, dont deux victoires, rejoignant ainsi les meilleurs spécialistes de l’époque.

Les souvenirs de Jacques Brandt

À 60 ans, Jacques Brandt met un terme à sa carrière sportive, mais poursuit son activité agricole avec sa fidèle jument “Lucette”. Très peu de hoerdtois l’auront vu assis sur l’attelage.

Interrogé sur les marcheurs qu’il connaît encore, il répond avec simplicité : “Les anciens, ceux qui sont aussi mes amis : le Français Quemerer, le Luxembourgeois Josy Simon. Il y a beaucoup de nouveaux que je ne connais pas, et il n’y a plus de participants alsaciens.”

Surnommé “Jacques le modeste“, il n’oubliera jamais ses 13 participations au Paris – Strasbourg, où il ne remporta jamais la victoire, mais se classa toujours honorablement.

Il s’éteint à Hoerdt à l’âge de 77 ans. Le souvenir de ses exploits demeure vivace dans la mémoire de ceux qui l’ont connu.

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Auteur : Jean-Pierre HIRLEMANN

Remerciements à :

  • Rémy MAECHLING, pour ses anecdotes
  • Georges BRANDT, frère de Jacques BRANDT
  • Jean-Georges BRANDT, neveu de Jacques BRANDT