05-2021 Origine des noms de famille de Hoerdt

Origine des noms de famille à Hoerdt

Les noms de famille ne sont guère héréditaires avant le 13ème siècle. A l’époque, on utilisait surtout les surnoms ou sobriquets, ce que nous appelons chez nous, en Alsace, « Hoftnàme ». Mais l’augmentation de la population incita cette dernière à s’identifier, à se différencier, à s’organiser. La création des villages apparait à cette même époque.

Dans les petites communes, les plus jeunes prenaient la relève des anciens, de père en fils ou d’un oncle à son neveu, qui lui apprenait les ficelles de son métier.

Souvent il n’y avait qu’un boucher, qu’un tonnelier, qu’un cordonnier, qu’un charpentier dans le village. La famille s’identifie alors à sa maison qui devient le lieu où toute la vie s’organise.

La famille existe désormais en tant qu’entité. Elle doit être identifiable, il lui faut donc un nom qui restera héréditaire. Le surnom individuel devient un patronyme et provient très souvent d’une particularité physique comme Gross, Klein, Lang… (grand, petit, élancé,…) Parfois d’une malformation, Hasenfratz, Bockel (face de lapin, bossu)… d’autres par la couleur de peau ou des cheveux, Roth, Weiss, Schwartz (rouge, blanc, noir)…. D’autres encore par leurs métiers, Schmidt, Hufschmidt (forgeron, maréchal ferrant), Metzger (boucher), Kieffer (tonnelier), Fuhrmann (charretier), etc…

Que savons-nous des noms de famille de notre village ?

Jusque dans les années 1980, il y avait à Hoerdt une douzaine de noms de famille portés par près de la moitié des habitants. D’où nous viennent ces noms ?

Il y a quelques noms de familles, Baum, Bossenauer, Ohl, Wachenheim, qui ont disparu il y a environ 100 ans.

Pour répondre à ces questions une dizaine d’années de recherches aux archives ont été nécessaires.

Une certitude se dégage : rares sont les noms dont l’origine n’est pas alsacienne et les noms venus de Suisse tels les Erni (mariage en 1701), Etter (m. 1710), Auer (m. 1712), Waeffler (m. 1730), Eng (m. ~1710), se comptent sur les doigts d’une main, contrairement à certaines légendes familiales.

Pour estimer l’ancienneté des noms, trois sources ont été utilisées :

  • la liste des noms en 1492/93 (selon le livre de René FRIEDEL) dans laquelle 4 noms ont eu une postérité après 1700 : Gemechlich (Maechling), Beil, Bussenauer et Haller.
  • dans celle beaucoup plus complète établie en 1581 (selon le livre de René FRIEDEL) se rajoutent 6 autres noms : Arlen, Fullimel, Klein, Rulmann, Stoll et Wachenheim.
  • la liste la plus intéressante est dressée dans le « Terrier » de 1672 lors de la description complète du village dans lequel il est fait état de 79 fermes (document disponible aux Archives Départementales).

Entre temps, à partir de 1649, le pasteur SEILER tient les livres paroissiaux protestants où sont reportés les baptêmes, mariages et sépultures. Ces livres fournissent de précieuses informations sur les noms et les liens entre les familles.

Exemples de quelques origines que nous avons pu établir avec plus ou moins de certitude : Riedinger de Mundolsheim, Riff de Mittelhausen–Krautwiller, Striegel de Ringendorf–Geudertheim, Jund de Kurtzenhouse.

Bien que le nom de famille devienne héréditaire, les parents n’ont pas beaucoup d’imagination quant aux prénoms qu’ils donnent à leurs enfants. Les familles étaient souvent nombreuses (entre 6 et 10 enfants en moyenne) et les prénoms limités. Pour ce qui est de l’Alsace et Hoerdt en particulier, nous retrouvons dans chaque foyer protestant et selon les périodes à dominance germanique ou francophone :

Pour les garçons, des Hans (Johann ou Jean), Georg (Yerry, Jörg), George (avec « S » après 1918), Hans Georg, Martin, Philipp (Loppe, Philippe), Jacob (Jacques), Christian (qui deviendra Chrétien pendant les périodes françaises), Diebold (Theobald, Thiebaut), Melchior (Michael, Michel), Veltin (Valentin), Niclaus (Neckel, Nicolaus, Clauss).

Pour les filles, nous trouverons principalement des Maria (Marie), Magdalena (Madeleine), Catharina (Catherine), Margaretha (Marguerite), Caroline, Eva, Christina, Saloméa, Rosina, Barbara (Barbe).

Dans les foyers catholiques nous retrouverons surtout des François, Xavier, Sixte, Joseph, Etienne ou Stephan, Baptiste, Antoine, Ludovic ou Louis, Paul, Pierre …. et très souvent composés comme Jean Baptiste, Marie Joseph, François Xavier… chez les filles, énormément de Marie, Madeleine, Eve, Anne, en plus des prénoms identiques aux protestantes.

Dans chaque « famille », vu le nombre, nous retrouverons les mêmes noms et mêmes prénoms. Il fallait donc trouver un moyen de les différencier. C’est là qu’apparaissent les sobriquets ou fameux  » Hoftnàme« .

Pour les plus anciens que nous avons trouvés dans les registres paroissiaux protestants de notre commune à partir de 1648, nous avons déjà les « Schriner » (Schultz), les « Heyri » (Stoll), les « Wolffe » et « Gall » (deux familles Arlen), les « Neckel » (autre famille Stoll). Un peu plus tard apparaitront les « Behl » (Arlen), les « Montze » et « Basche » (Riedinger), les « Hirtze » et « Stadt« , une des familles Maechling, ainsi que les « Bodel » et « Becke » (autre famille Maechling). Suivront les « Schirel » (Wurmel), les « Schlosser » et « Schniderle » (Riedinger), les « Bosse » et « Bossel » (Grathwohl), les « Dordel » (Klein), les « Schuh » et « Fals » (Conrad), etc…

Les catholiques ne vinrent à Hoerdt que vers les années 1700-1710.

Les « Hoftnàme » changeront parfois de famille par le biais des mariages. Un exemple : les « Behler » qui de Arlen sera transmis aux Klein.

Autre exemple, par mariage et changement de propriétaire d’une ferme : un « Gasse-Schirel » (Wurmel) qui décède à l’âge de 37 ans, sa veuve se remarie avec un « Eck-Schniderle » (Riedinger), le nouveau couple s’installera au domicile de la veuve et la nouvelle famille Riedinger deviendra « Gasse-Schirel ».

D’autres, se verront attribuer un nouveau « Hoftnàme » pour différencier deux frères tels les « Schlosser » (Riedinger Jacques, serrurier, °1820 +1886) et Philippe (°1824) qui restera un « Basch ».

 

Publication : MAP 05-2021 / Hoerdt Infos n°55 – Juin 2018
Date : 06/05/2018
Auteur : Rémy MAECHLING
Sources : Recherches personnelles