03-2021 Les français de l’intérieur

Les français de l'intérieur

Le Maire de Strasbourg Émile KUSS nait en 1815 dans cette ville. Il est professeur de médecine, journaliste et homme politique alsacien.

Nommé professeur de médecine en 1845, il est à l’origine d’une avancée certaine dans le traitement de la syphilis.

Le Dr KUSS est un républicain sincère, fondateur en 1851 du journal « La République populaire du Bas-Rhin ». Il est titulaire de la chaire de physiologie à l’Université de Strasbourg.

Élu maire de Strasbourg le 12 septembre 1870, il le restera moins de six mois, puisqu’il décédera brutalement à Bordeaux le 1er mars 1871. Son mandat de député fut encore plus bref : du 8 février au 1er mars 1871.

Ses opinions républicaines marquées, renforcées par son statut de savant et son patriotisme, lui permirent de bénéficier, lors du déclenchement de la guerre de 1870, d’une forte popularité auprès de ses concitoyens.

Strasbourg est investie par l’armée du général prussien August VON WERDER le 12 août 1870. Ce n’est que le 11 septembre que les strasbourgeois apprennent l’instauration de la IIIème République, proclamée à Paris le 4 septembre 1870.

Le lendemain, 12 septembre, Émile KUSS est élu maire par la Commission Municipale.

Il fait preuve d’une extraordinaire énergie pour défendre Strasbourg jusqu’au dernier moment. Il vécut très mal la capitulation du 27 septembre 1870. Malgré cela, dans les semaines qui suivent, il met toute son énergie à négocier et à modérer les exigences de l’occupant et à réorganiser la ville endommagée par les bombardements.

Lors des élections législatives du 8 février 1871, il est élu député du Bas-Rhin à l’Assemblée Nationale avec 98 090 voix sur 101 741 votants, soit plus de 96 % des suffrages exprimés.

Malgré sa santé précaire, il se rend à Bordeaux pour faire entendre les protestations de l’Alsace.

Lors de l’exposé du rapporteur général KELLER, devant l’Assemblée Nationale, réunie au théâtre de cette ville, il supplia à genoux de ne pas abandonner un seul pouce de terre aux allemands. Il prit l’engagement de considérer une éventuelle cession comme un acte nul et non avenu et que nous, alsaciens, nous continuerons à rester français, même si ça devait être comme « français de l’extérieur« .

Lorsqu’il apprend, le 1er mars 1871 à minuit, que ses collègues de l’Assemblée Nationale avaient décidé d’abandonner l’Alsace et la Lorraine, il est victime d’une défaillance cardiaque à laquelle il succombe.

Ses obsèques (aux frais de l’État), qui ont eu lieu le 3 mars 1871 à Bordeaux, rassemblent une foule immense, dont notamment tous les députés d’Alsace et de Lorraine. Elles sont l’occasion pour Léon GAMBETTA de prononcer les paroles suivantes :

« La force nous sépare, mais pour un temps seulement, de l’Alsace, berceau traditionnel du patriotisme français. Nos frères de ces contrées malheureuses ont fait dignement leur devoir et, du moins, ils l’ont fait jusqu’au bout. Eh bien qu’ils se consolent en pensant que la France désormais ne saurait avoir d’autre politique que leur délivrance« .

Les funérailles solennelles ont lieu le 8 mars 1871 au cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg devant une foule immense.

C’est ainsi qu’apparait la fameuse expression « les français de l’intérieur« .

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Auteur : Rémy Maechling

Sources :

  • Aperçu historique de Strasbourg, Editions La Nuée Bleue / DNA. 1992
  • Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Editions Le Verger Editeur, 2012