C’est une manufacture de céramiques stannifères que les Sieurs Pérouse et Caquet installent dans une ancienne hostellerie en ruine qui est à l’origine de la fayencerie de Digoin. C’était en 1775. La manufacture produit essentiellement des pièces dites « à cul noir » destinées à la consommation courante et des pièces aux revers émaillés blancs, peu onéreuses et qui trouvent commerce en Amérique du Sud, principalement au Brésil. La manufacture fonctionnera jusqu’à la fin de la terreur (en 1793) et emploie entre 50 et 100 ouvriers.
C’est en 1876 que le Conseil Municipal apprend que les faïenceries de Sarreguemines cherchent à s’installer dans la région. La famille Geiger, cherchant à échapper aux taxations imposées par l’occupant suite à l’annexion, porte son choix sur Digoin pour plusieurs raisons :
- La commune, située au carrefour de la Bourgogne et de l’Auvergne, possède des voies ferrées reliant Moulins-sur-Allier à Montchanin et, par-là, Clermont-Ferrant à Dijon.
- Digoin se révèle un carrefour de navigation de première importance avec la présence de trois canaux la reliant à Châlon-sur-Saône puis Lyon, le canal Latéral rejoint la Loire et enfin le canal de Roanne.
- L’approvisionnement des matières premières est résolu par les différents canaux qui acheminent par les eaux la houille de Montceau-les-Mines, les argiles de St-Aubin et Diou, ainsi que les sables siliceux de St-Pierre-de-Moutier.
Le 11 août 1876, le Conseil Municipal donne l’autorisation d’implantation à la société Utzschneider & Cie (faïencerie de Sarreguemines). Cette nouvelle usine donne un nouveau souffle à la ville qui voit sa population accroître, notamment avec l’arrivée de 400 familles de lorrains qui ne voulaient pas devenir allemandes.
La direction fait installer du matériel neuf et des systèmes très perfectionnés comme les machines à vapeur, des moulins à émaux, le raccordement par voie ferrée de l’usine à la gare.
La production démarre en 1879 avec 400 ouvriers et ne cessera de s’agrandir pour atteindre son entier développement en 1881 avec 600 ouvriers.
Entre 1879 et 1907, cinq marquages différents associent désormais le nom de Digoin à Sarreguemines. Au début du 20ème siècle le nombre d’employés dépasse aisément le millier.
En 1900, les productions de Digoin et de Vitry-le- François (articles de bâtiments, poêles, éviers, etc.) sont tellement diversifiées et propres à elles-mêmes qu’elles se présentent ensemble à l’Exposition Universelle de Paris. Elles reçoivent, en récompense de leur immense travail et de leurs constants efforts, deux grands prix du jury. Mais il n’est pas inutile de rappeler que la production digoinaise reçoit, pendant encore de nombreuses années, une grande partie des décors imprimés de Sarreguemines, bien qu’elle ait un atelier de gravure sur cuivre. La réalisation de décors peints à la main est un point fort de l’usine, qui est surtout assignée aux femmes. La marque apposée au dos des pièces a changé en 1907.
En 1910, “l’ensemble des produits de Sarreguemines, Digoin et Vitry-le-François est primé à l’exposition de Bruxelles”…
Vers 1917, la manufacture fabrique des assiettes illustrées sur la Grande Guerre pour stimuler l’élan patriotique de la France…
A partir du 8 mars 1920, les sociétés “Utzschneider et Cie” de Sarreguemines et les “Établissements céramiques de Digoin, Vitry-le-François et Paris” fusionnent et deviennent “Les faïenceries de Sarreguemines, Digoin et Vitry-le-François”. Le siège social est fixé à Paris, 28 rue de Paradis.
La fayencerie de Digoin fabrique des articles courants de table et de ménage. Elle complète peu à peu sa production par des articles sanitaires comme les éviers en grès, des égouttoirs. Elle développe également quelques articles de fantaisie comme des plats à asperges avec les assiettes assorties, des vases, des couronnes mortuaires, des cendriers, etc…
Pour protéger la production, neuf marques sont déposées au greffe du tribunal de la Seine pour “désigner des faïences et produits céramiques”. La concurrence directe de St-Clément, Lunéville, Choisy-le-Roy ou des faïenceries du Nord provoquent dans la société la nécessité de produire intensivement des articles de décoration intérieure. Dès lors, on intensifie la production des pichets, des vases, des porte-parapluies, des pots à tabac, des paniers, des encriers et, bien sûr des services à asperges …
Après la seconde guerre mondiale, la production s’oriente de plus en plus vers une vaisselle de grande consommation. Digoin devient le centre de création des décors lithographiés pour elle-même et Sarreguemines. La quantité de décors produits est considérable, tout autant que la multitude d’objets créés. La manufacture fabrique en moyenne 40 000 assiettes par jour et, en moindre quantité, des bols, des pots de moutarde, etc….
Au début des années 1950, Digoin fournit le quart de la faïence française.
Dans les années 60, la manufacture met au point une nouvelle matière : le pyroblan. C’est une nouvelle porcelaine opaque à l’usage des collectivités et de la restauration, remarquable par sa résistance au lave-vaisselle, au micro-ondes et dont les décors sont inaltérables.
La commercialisation commence en 1968 et la fayencerie produit entre 20 et 25% de la production française et représente la plus importante fabrique européenne de vaisselle (900 tonnes de marchandise par mois). L’exportation devient de plus en plus importante. La Suisse, la Danemark, l’Egypte, Madagascar et la Tunisie reçoivent des assiettes de Digoin.
La crise économique de 1973-1974 (second choc pétrolier) et la concurrence des pays producteurs à bas salaires mettent un frein à cette embellie et le bilan de l’entreprise devient alarmant. Tant et si bien que Sarreguemines, Digoin, Vitry, Lunéville, Badonviller, St-Clément, deviennent une seule entité en février 1978 sous le nom de « Sarreguemines vaisselle ».
2014 : Ce patrimoine local, endormi pendant plusieurs années, réapparait grâce à la courageuse entrepreneuse Corinne Jourdain qui a su réveiller la belle endormie de son long sommeil. Grâce à la contribution de plusieurs investisseurs, cette entreprise chargée d’histoire a repris vie. Depuis, la Manufacture de Digoin a regagné sa place dans le cœur des passionnés d’arts ancestraux, combinant à la perfection l’ancien et le moderne.
Malgré les nombreuses années d’inactivité de l’entreprise, le savoir-faire des artisans de la Manufacture de Digoin, vieux de 140 ans, ne s’est pas éteint. Aujourd’hui, ils continuent à impressionner les visiteurs venant des quatre coins du monde par leur façon de manier aussi bien l’argile.
Sources :
- Collector News – A la découverte de la manufacture de Digoin
- Livre “Asperges en barbotine” Maryse Bottero 1986 Editions Massin
