02-L’occupation – L’organisation politique

L'organisation politique

L’administration allemande se met progressivement en place à Hoerdt.

Les membres du conseil municipal n’adhérant pas aux idées du national-socialisme sont contraints de démissionner de leurs fonctions.

Les nouveaux membres remplissent le questionnaire suivant :
– Approuvez vous l’annexion de l’Alsace à la Grande Allemagne nationale-socialiste ?
– Êtes-vous déterminé à défendre activement le Führer et la Grande Allemagne nationale-socialiste, que ce soit en service ou en dehors ?

Suivi des précisions suivantes :
Je certifie dûment par la présente que, malgré un examen attentif, il n’existe aucune circonstance connue qui puisse justifier l’hypothèse que moi et ma femme ne sommes pas de sang allemand ou apparenté ou que mes parents ou grands-parents ainsi que ses parents ou grands-parents ont appartenu à un moment quelconque à la religion juive. Je suis conscient que si je fournis sciemment de fausses informations, je serai licencié sans préavis.

Le maire Jacob MATTHIS est nommé Ortsgruppenleiter, c’est-à-dire responsable local du parti NSDAP à l’échelon communal. Il est chargé de la surveillance et de la mobilisation politique des habitants.

Des Zellenleiter sont nommés par quartiers ainsi que des Blockleiter par groupe d’habitations ou par rues. Ces derniers étaient les premiers maillons de l’encadrement de la population.

Ils sont chargés de mettre en place les nombreuses manifestations, défilés et parades. Ils délivrent des certificats de fiabilité politique pour ceux qui postulent à une fonction. Ils sont naturellement inscrits à l’Opferring (l’antichambre du parti nazi NSDAP) ou au NSDAP lui-même.

Avec le départ des soldats allemands en 1940, une Feldgendarmerie est mise en place à Hoerdt, dans le bâtiment de l’actuel dentiste en face du Crédit Agricole, rue de la République. Les effectifs sont de 3 à 4 gendarmes à vélo encadrés par un sous-officier. Plus tard, elle sera transférée dans la maison aujourd’hui démolie, place du Marché, dans laquelle habitait l’instituteur Schmidt.

Les services de la mairie réquisitionnent le magasin de tissus Koch-Ritter pour y installer différents services.

L'agriculture

Un Ortsbauernführer est nommé dans chaque village. C’est un agriculteur, adhérent du parti, qui devient chef du groupement agricole local.

L’agriculture est placée sous la surveillance administrative du Reichsnährstand, l’office du ravitaillement. Des quotas sévères sont imposés pour toutes les productions qui doivent être mises au service du ravitaillement. L’Ortsbauernführer exécute les directives du Kreisbauernführer. Il surveille le rendement, fait de la propagande pour inciter les cultivateurs à livrer le plus de marchandises possibles et signale les récalcitrants aux autorités nazies. On impose l’agencement général des cultures grâce au pouvoir d’attribution des engrais et des semences, dont les responsables paysans assuraient la distribution.

L’activité agricole sera particulièrement surveillée. Marchés, productions et prix se fixent sous surveillance étroite. Tout ou presque est recensé et répertorié. On enregistre annuellement les superficies des différentes plantations. On dénombre, par ferme, le nombre de chevaux, de vaches, de veaux et même de lapins et de poules. De ce fait, la livraison des produits agricoles était quantifiée d’avance et obligatoire pour l’ensemble des récoltes et de la production animale. Seule une petite part sera laissée au paysan pour sa consommation familiale. On espérait ainsi éviter le marché noir. Mais ce dernier était très courant et l’abattage des cochons se faisait de nuit, dans la grange.

D’infinies précautions doivent être prises, pour ne pas être dénoncé aux autorités. On ira jusqu’à inviter le chef de la gendarmerie locale à venir boire un verre dans la cuisine, jusqu’à l’enivrer, avant de pratiquer l’abattage.

On raconte l’histoire d’un boucher de Vendenheim qui, après avoir récupéré des carcasses de viandes chez les paysans de Hoerdt, ramena clandestinement ces dernières en les dissimulant dans une citerne à purin.

Néanmoins, certains habitants seront condamnés à 3 ou 4 mois de prison. A leur décharge, le conseil municipal a défendu les habitants, leur permettant de demander la transformation de la peine de prison en amendes.

Beaucoup de paysans vendent sous le manteau des denrées alimentaires à la population citadine affamée, venue se ravitailler à la campagne. En alsacien, on disait « hamstere ». Ce qui, sur le plan légal, était rigoureusement interdit.

Sources :
  • Témoignages vivants : Lina STOLL, Georges RIFF, Albert ARLEN, Philippe MAECHLING, Alfred MAECHLING
  • L’Alsace annexée 1940-1945 – Jean-Laurent VONAU
  • “Hoerdt” aux Éditions COPRUR pour la CMDP de Hoerdt
  • Recherches SAMAP