La libération de Strasbourg
Début novembre 1944, les armées françaises et américaines sont enfin parvenues aux portes de l’Alsace.
Après le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, puis la libération de Paris le 24 août, il reste au général Leclerc à libérer Strasbourg, conformément à son serment de Koufra : “Je jure de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg”.
Pour le combat, la 2e D.B. (division blindée) est articulée autour de 4 groupements tactiques, ceux des officiers supérieurs Dio, de Langlade, de Guillebon et Rémy. Ce dernier, moins engagé dans les combats, est chargé principalement des missions de flanc-garde et de couverture.
Le 13 novembre 1944, deux divisions d’infanterie américaines forcent le passage de la “Vorvogenstellung” (la ligne de défense avancée des Vosges) et ouvrent une brèche entre Badonviller et Blâmont.
C’est le moment attendu par Leclerc pour lancer son attaque dans la profondeur. Ce que veut le général, c’est prendre le flanc de la trouée de Saverne, par Dabo au Sud et La Petite Pierre au Nord, en lançant ses blindés à l’assaut de cols secondaires, moins bien défendus. Il veut passer là où l’ennemi l’attend le moins.
Il prend en tenaille le col de Saverne, fortement défendu, et franchit les Vosges entre le 19 et le 21 novembre : Dio au Nord, Langlade au Sud, le sous-groupement Quilichini au centre.
Dans la nuit du 22 au 23 novembre, la 2e D.B. reçoit l’ordre de s’emparer de Strasbourg. Quatre colonnes s’ébranlent vers la ville dès le matin du 23 novembre sous la pluie et le brouillard. Au Nord, le sous-groupement du colonel Rouvillois patiente sur la route de Dettwiller à Wilwisheim en attendant l’ordre de départ.
“En avant !” Le lieutenant Briot qui commande le détachement de tête avec six chars et half-tracks, a reçu l’ordre de rallier Brumath d’un bond (à 20 km) où il doit arriver avant que les ponts ne sautent. Hochfelden et Schwindratzheim sont traversés en trombe. Dans Mommenheim, un premier barrage antichar est bousculé sans encombre. Dans Brumath, plusieurs véhicules d’un convoi allemand sont incendiés. Le reste fuit sur Haguenau Les ponts sont minés mais intacts. Strasbourg est à 7 km.
A Vendenheim, des sapeurs allemands sont surpris et capturés avant qu’ils aient eu le temps d’allumer les mises à feu destinées à faire sauter le pont sur le canal de la Marne au Rhin. Accélérant encore le rythme, le détachement arrive en vue de la ligne des forts qui ceinture Strasbourg. Les véhicules ennemis qui se profilent sur la crête, les tirailleurs qui gagnent en courant leurs tranchées pleines d’eau, sont traités au canon et à la mitrailleuse. La résistance allemande est de courte durée. Sous la pluie battante, la course continue : Schiltigheim, les faubourgs Nord, la voie ferrée, la grande artère qui mène à la place Broglie. À 10h30, le lieutenant Briot envoie au général Leclerc le célèbre message : « Tissu est dans iode » (Rouvillois est à Strasbourg).
Puis il fonce vers le pont de Kehl par la cathédrale et la place de la Bourse. Son détachement est stoppé devant le pont, sur le bassin Vauban. Le char de tête du strasbourgeois Alfred Zimmer est touché, après le passage du petit Rhin, non loin du pont, par un coup de “Panzerfaust“. Les cuirassiers ne franchiront pas le pont de Kehl, bloqués à 600 mètres du but.
Le sous-groupement Putz, en provenance d’Ittenheim et Wolfisheim, débouche à Neudorf dès l’après-midi. À 18 heures, un drapeau tricolore flotte sur la cathédrale.
À Strasbourg, le 23 novembre, c’est la surprise. Les allemands, bien informés, ont déjà commencé à quitter la ville. L’absence d’infanterie laissera au Gauleiter Wagner et à une partie des principaux responsables nazis le temps de s’échapper. Les allemands les plus réactifs quittent Strasbourg en entendant les coups de canon et franchissent le pont de Kehl. Les autres se retranchent dans la ville. À la gare, les voyageurs qui arrivent de Kehl sont effarés de ce qui les attend : ce sont des spahis avec leurs calots rouges qui les accueillent.
Dans la ville, les casernes et la ceinture des forts tiennent bon. Les allemands tiennent encore le pont de Kehl et le port du Rhin. Le général Vaterrodt, commandant allemand de la place de Strasbourg, retranché au fort Ney, refuse de capituler.
Commencent alors les opérations de nettoyage, aidées par les 12 000 FFI du commandant François, de son vrai nom Georges Kiefer. 4 500 officiers, sous-officiers et soldats allemands sont fait prisonniers, ainsi que plusieurs milliers de sujets allemands suspects ou jugés dangereux.
Le 24 novembre au soir, l’opération de nettoyage s’achève. En une semaine, la division Leclerc aura fait 12 000 prisonniers, détruit 250 canons, 40 chars, 1 800 véhicules, et mis hors de combat plus de 3 000 allemands.
Le 25 novembre, le général Vaterrodt se rend avec sa garnison. Dans la nuit du 27 au 28, les allemands se replient sur l’autre rive du Rhin, en prenant soin de faire sauter les ponts de Kehl.
